L'ordre de Saint Lazare au Moyen-Age

 Des origines à 1312

 

Introduction

        Moins connu que l’ordre du Temple ou celui de L’Hôpital de Saint-Jean l’ordre de Saint-Lazare est une création originale qui évolua d’une vocation initialement charitable à une activité militaire. Cette mutation fut également celle des Hospitaliers et des Teutoniques.

Ces ordres existent toujours actuellement avec un retour à des activités uniquement caritatives.

La singularité de l’ordre de Saint-Lazare, à l’époque des croisades, est d’avoir comporté, dans ses rangs, des chevaliers malades de la lèpre.

 

Aux origines de l’Ordre

         Il existait à Jérusalem un hôpital destiné à soigner des lépreux. Il était administré par des moines arméniens, régi par la règle de Saint Basile et dépendait de la juridiction des Patriarches d’Orient.(4)

        Parmi les croisés, les chevaliers affligés de maladies contagieuses, surtout ceux atteints de la lèpre viennent se faire soigner dans cet hôpital. Certains y restent, prononcent leurs vœux.

        Cet hôpital aurait été situé hors les murs non loin de la poterne Saint-Etienne (2) ou Saint-Lazare (5) .

 

Le développement de l’Ordre en Orient

        La plus ancienne référence indiscutable sur l’Ordre date de 1142. Il s’agit d’une concession par le roi Foulques ( 1131-1143 ) d’un terrain à Jérusalem «  à l’église de Saint-Lazare et du couvent des malades qui sont appelés miselli » (5)

        Le «  Livre au Roi », composé sur la jurisprudence  de la Haute Cour du Royaume de Jérusalem édicte l’obligation de remettre à l’ordre de Saint-Lazare les hommes libres devenus lépreux. Les Hospitaliers de Saint-Lazare doivent accueillir parmi eux les chevaliers des autres Ordres atteints de cette maladie. C’est dans ce sens que la règle du Temple a édicté les articles suivants :

«  Quand il avient a aucun frère que la volonté de Notre Seignor, il chiet en meselerie et la chose est provée, le prodrome frère de la maison le doivent amonester et prier que il demande congié de la maison et que il se rende à saint Ladre, et sue il preigne l’abit du frere de Saint Ladre » (6)

  Il s’agit d’articles tardifs ( puisqu’ils datent de 1260 ) des retrais du Temple qui conseillent,  sans l’imposer, aux frères devenus lépreux de rejoindre Saint-Lazare (2)

  Une telle règle n’existait pas chez les Hospitaliers de Saint-Jean. On peut supposer qu’ils s’estimaient capable de s’occuper eux-mêmes de leur propres malades (5).

     Quelques chartes de l’Ordre de Saint-Lazare , remontant au XIII° siècle , mentionnent que cette maison des lépreux de Jérusalem était dirigée par un magister , suffragant du patriarche de la ville . (6)

     L’ordre de Saint-Lazare a entretenu tout au long des XII° et XIII° siècles un lien privilégié avec l’ordre du Temple.

     Après la chute de Jérusalem en 1187, l’Ordre de Saint-Lazare s’est replié à Acre selon un schéma semblable à leur modèle initial avec un hôpital et un couvent à l’extérieur des murs de  la ville. Par la suite, lorsque louis IX a étendu les fortifications d’Acre vers 1250, l’hôpital s’est retrouvé incorporé dans le faubourg nord de Montmusart, derrière la section de mur défendue par les Templiers. Ces derniers apportèrent leur soutien en garantissant un libre accès à leur citerne d’eau (5) .

     En 1234, Pierre, évêque de Césarée, donne aux chevaliers de Saint-Lazare la maison et l’église sous le vocable de Saint-Laurent, de la ville de Pain Perdu, située en bord de mer. L’Ordre y construit une tour, signalée dans le récit d’un pèlerin (6).

 

Activité militaire

      « La présence de chevaliers lépreux qui avaient préalablement prononcés des vœux perpétuels dans un ordre militaire, joint au caractère nobiliaire du recrutement, est sans doute à l’origine de la transformation de Saint-Lazare en ordre militaire. Il est toutefois impossible d’en préciser la date » ( Alain DEMURGER , 2 ) .

     Des chevaliers lépreux, maintenant de Saint-lazare se retrouvent les armes à la main dans les combats de Terre Sainte. Le concept de chevalier lépreux peut surprendre mais apparaît assez logique dans le contexte militaire des états latins d’orient.

L’hôpital de Saint-Lazare est un refuge pour les hommes de la classe chevaleresque atteints de la Lèpre, notamment des Templiers qui ont prêté serment de se battre pour la foi. Ce sont des « lépreux pas comme les autres » ainsi que l’écrit Shahar (5). Pas question de les stigmatiser comme ce fut le cas pour les malades non issus de l’aristocratie. «  un chevalier atteint de la lèpre demeure un chevalier »(5) La lèpre est une maladie d’évolution lente et une période de plusieurs années peut s’écouler entre le diagnostic et la perte de la capacité à se battre (5). Compte tenu de la pénurie chronique de combattants en Terre Sainte, il est raisonnable d’employer ces hommes formés et entraînés.

    Un acte pourrait être lié à une action militaire mais n’est pas concluant : en 1164 , le roi Amaury I° accorde à l’église de Saint-Lazare un esclave non chevalier à prendre sur les prisonniers de chaque expédition ou chevauchée faite sous sa direction lui-même se réservant dix esclaves (2-5) .

    En 1244, Robert de Nantes, Patriarche de Jérusalem, rapporte qu’à la bataille de La Forbie «  tous les chevaliers lépreux de l’Ordre de Saint-Lazare furent tués » (3) . Joinville cite les «  frères de Saint-Lazare » participant à la bataille de Mansourah en 1250 (6). Il parle aussi de l’échec du maître de Saint-Lazare près de Ramla en 1252 : il était parti avec sa «  bataille » pour s’emparer d’un troupeau, mais fut attaqué au retour par les Sarrazins ; ne survécurent «  de toute sa gent (…) que quatre » (2-5)

   En 1258, pendant les troubles connus sous le nom de «  guerre de Saint-Sabas », le maître de l’Ordre du Temple Thomas Bérard, trouve refuge dans la tour de Saint-Lazare (1-5) . Ce conflit opposa deux coalitions dont les chefs de file furent Gênes et Venise. Les ordres hospitaliers se sont trouvés impliqués dans des camps opposés. La victoire vénitienne fut totale. Les génois furent chassés d’Acre (1) .

    L’Ordre de Saint-Lazare est reconnu comme hospitalier, en adoptant la règle augustinienne  par une bulle du pape Alexandre IV fulminée le 11 avril 1255 (7).

    Au siège de Saint Jean d’Acre de 1291, l’Ordre était capable de rassembler 25 chevaliers.

Tous périrent. C’est la fin de la présence des croisés en Terre Sainte.

 

L’Ordre en Occident

   En 1154, le roi Louis VII installe des chevaliers de Saint-Lazare sur le domaine de Boigny-sur-Bionne, près d’Orléans.

    Des commanderies de l’Ordre existent alors, en plus de la France, en Angleterre, Ecosse, Allemagne, Hongrie, Espagne, Italie, Suisse, Flandres, etc ….

    Après la perte des Etats latins d’Orient, le Maître général de l’Ordre, Thomas de Sainville  regroupe les restes de l’Ordre sur le Royaume de France.

     Dans le même temps où Philippe le Bel cherche à détruire l’Ordre du Temple, il prit l’Ordre de Saint-Lazare sous sa protection en 1308. Il se montra alors continuateur de l’œuvre de Louis VII et de Louis IX, voulant démontrer par là qu’il n’était pas opposé aux Ordres dès lors que leur conduite était droite(5) .

 

La Croix de l’Ordre

      En Palestine et durant les deux premiers siècles qui suivirent leur repli en Occident, les membres de l’Ordre de Saint-Lazare ne portaient pour signe distinctif qu’une simple croix d’étoffe verte cousue sur le devant de leur robe ou de leur cotte d’armes ainsi que sur le côté gauche de leur manteau.

       En 1314 Siegfried de Flatte, commandeur de Séedof , rédigea une règle prescrivant aux chevaliers de Saint-Lazare de porter «  sur le devant de leur habit une croix verte carrée ainsi que sur le côté gauche de leur manteau et sur les pièces de leur harnois de guerre » ( 3 - 8 )

       Le choix de la couleur verte est sujet à questions : volonté de se distinguer des autres ordres ? allusion à la vertu théologale de l’espérance ? sorte de défi lancé aux musulmans ?

Allusion à la pharmacopée végétale ? ( 3 )

 

 Supérieurs de l’Ordre en Terre Sainte 

         Le manque de documents ne permet pas de connaître avec certitude les premiers  responsables de l’Ordre. le premier maître dont le nom est connu serait Barthélemy en 1153 (5).

         La liste suivante est issue de celle dressée par Dorat de Chameulles dans son Armorial des ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare(7) .

-          Raynaud de Flory ( 1234-1254 )

-          Jean de meaux ( 1254-1277 )

-          Thomas de Sainville ( 1277-1312 )

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Frère Luc d'Auneuil. (février 2012).

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Références bibliographiques – Sites Internet

-          1.Alain DEMURGER , Les Templiers , EDITION DU SEUIL 2005

-          2.Alain DEMURGER , Moines et Guerriers , EDITION DU SEUIL 2010

-          3. http://lecerclemedieval.frbb.net

-          4. http://www.templiers.org/stlazare .php - (projet Beaucéant)

-          5. MARCOMBE David , Leper Knights , The Order of  St Lazarus in England  , c.1150-1544 ,  The Boydell Press

-          6. VALETTE Bernard , l’Ordre de Saint-Lazare à Aigrefeuille . HISTOIRE ET IMAGES MEDIEVALES .N°37 avril-mai 2011

-          7. Wikipédia – ordre de Saint-Lazare de Jérusalem  

-          8 .www.ORDREDESAINTLAZARE.COM

 

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Date de dernière mise à jour : 08/02/2012

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